Entretien avec un responsable économique

«L’importance économique de la langue régionale »

Gilbert Stimpflin est Président de la délégation de Mulhouse et du Sud Alsace de la Chambre de Commerce et d’industrie Alsace Eurométropole. Au fait des besoins et attentes du monde économique, il donne son avis sur l’enjeu pour les entreprises d’une meilleure valorisation du contexte linguistique bilingue de cette région transfrontalière.

Gilbert Stimpflin. Sprechen Sie selber Deutsch ? Redde n ’r Elsassisch ?

Nadìrlig ! Und wie ! Issu d’un père alsacien et d’une mère d’origine allemande, j’ai naturellement grandi dans une ambiance multilingue qui me permet aujourd’hui d’être parfaitement à l’aise en français, allemand, alsacien et d’acquérir sans trop de problèmes l’anglais, nécessaire dans le cadre de mes activités de lobbying à Bruxelles, où je représente notamment la France au sein du réseau « Eurochambres » des CCI. Cela m’a donc fortement aidé dans le développement de mes activités.

Un exemple pour d’autres entreprises du Sud Alsace ?

Assurément ! Nous avons la chance de vivre dans une région transfrontalière franco-germano-suisse bilingue, à nous d’en faire un atout et de valoriser à cette fin nos capacités linguistiques. N’oublions pas qu’environ 30 à 40% du commerce extérieur alsacien sont réalisés avec des territoires germanophones et que la clientèle germanophone constitue la majorité des touristes étrangers séjournant en Alsace, à la louche 30 % également, sans oublier les touristes journaliers des régions voisines qui n’entrent pas dans ces statistiques. Or pour pénétrer un marché, s’y développer, vendre à une clientèle touristique germanophone, la connaissance de la langue du client constitue un atout majeur qu’il ne faut pas mésestimer ! Cela permet également au vendeur de développer son empathie et de mieux décoder le fonctionnement de son interlocuteur.

Pourquoi ne pas recourir pragmatiquement à l’anglais, langue des affaires par excellence ?

Les négociations commerciales peuvent évidemment également se faire en anglais par exemple, mais avec moins d’efficacité avec des interlocuteurs germanophones et n’oublions pas, die Konkurrenz schläft nicht ! Or nous avons du coup, par la connaissance de l’allemand et de l’alsacien, un avantage compétitif majeur, autant ne pas le galvauder ! Cela ne doit pas pour autant minimiser l’importance de maitriser également l’anglais, voire d’autres langues, dans une économie qui se mondialise. On revient au slogan made in the CCI Mulhouse : « un bilinguisme inné, un trilinguisme aisé ». De plus, nous comptons dans la région mulhousienne pas moins de 136 nationalités et corrélativement de nombreuses langues maternelles sont présentes sur notre territoire. Il conviendrait également de les valoriser, car d’un point de vue économique, ce sera également un atout pour nos entreprises, dans leurs activités exportatrices, de pouvoir mobiliser des collaborateurs maîtrisant les langues des grands marchés de demain : l’espagnol, le portugais, l’arabe, le turc, le chinois, le vietnamien, etc… En fait, si l’on gère et valorise la diversité linguistique de ce territoire mulhousien, on pourrait ambitionner d’en faire un véritable « pôle d’excellence linguistique », basé sur le bilinguisme français-allemand ! Mann muss die Kirche im mitten des Dorfes lassen !

Les entreprises du Sud Alsace ne craignent-elles pas toutefois la fuite des compétences vers la Suisse et l‘Allemagne ?

Le bilinguisme doit bénéficier d‘abord et avant tout aux entreprises alsaciennes, même s‘il les place, c‘est exact, face au défi de la possible fuite des compétences. Mais, cela peut devenir toutefois un formidable levier de performance de nos entreprises qui, s’il leur est souvent difficile de rivaliser avec le niveau des salaires en Suisse par exemple, seront enclines à déployer moult leviers pour attirer et fidéliser leurs collaborateurs : avantages intrinsèques au travail en France, climat au sein de l’entreprise, relations privilégiées avec leurs collaborateurs… Il y a de nombreux atouts à travailler en Alsace. Il revient à nos entreprises de mieux savoir valoriser leurs atouts dans un esprit de saine et loyale concurrence.

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