La signalétique bilingue à Mulhouse, “exemplaire” ?

Mulhouse, conquise par une liste socialiste conduite par Jean-Marie Bockel en 1989, compta dans son équipe l’une des premières conseillères municipales déléguée à la culture régionale, en la  personne d’Evelyne Troxler. L’une des premières mesures impulsées par cette dernière, fut le lancement d’un programme de mise en place de plaques bilingues dans les rues de Mulhouse. La première fut inaugurée en mars 1991 dans l’une des plus grandes artères mulhousiennes : la rue du sauvage/Wildemannsgass. Aujourd’hui, Mulhouse compte 281 rues et places bilingues, uns es geht widdersch !

30 % de rues bilingues fin 2021

En dépit de vives protestations au début de l’action, la mise en place de plaques bilingues se poursuivit au rythme moyen d’une dizaine de rues par an. Fin 2021, Mulhouse devrait en compter 300. En effet, environ 120 appellations bilingues, concoctées dans le cadre de la Dànkfàwrìk (commission municipale en faveur de la langue et la culture régionale, présidée par Anne-Catherine Goetz, adjointe à la culture et au patrimoine), ont été validées par le conseil municipal en 2020 et devrait bénéficier de poses d’ici la fin du mandat.

Ces appellations sont soit des traductions littérales du nom en français, soit, si les deux noms diffèrent, reflètent un élément du patrimoine mulhousien (histoire, toponymie, sociologie, géographie, légendes, urbanisme, anecdotes sociétales…). Ces appellations particulières émergent  des travaux de la commission signalétique de la Dankfàwrìk.

Aujourd’hui, les rues bilingues de Mulhouse, où “le dictionnaire est dans la rue”, sont entrées dans les mœurs, et suscitent un réel engouement, tant des Mulhousiens que des touristes. En raison de la dimension affective du nom des rues, le choix a été fait de privilégier le dialecte. Toutefois, l’allemand standard n’est pas absent de l’environnement urbain mulhousien, où l’on trouve beaucoup d’inscription vestiges des époques allemandes et indépendante de la ville et où, pour ce qui concerne par exemple la signalétique institutionnelle, a été retenu le principe de l’utilisation du “Hochdeutsch”.

Points d’amélioration potentiels

“L’exemple mulhousien” n’est toutefois pas exempt critiques, entenduzs parfois : si le centre-ville est quasiment totalement bilingue, avec des plaques bilingues à chaque carrefour, dès que l’on s’en éloigne, les plaques bilingues s’avèrent plus disparates (en général deux par rue). L’absence du Hochdeutsch est également parfois évoqué, à quoi il est répondu que les habitants revendiquaient presqu’exclusivement l’alsacien, dans les différentes réunions afférentes. Enfin, l’on regrette souvent le fait que la plaque en alsacien ou l’inscription en allemand sur la signalétique piétonne, soient plus petites que celles en français, à quoi il est répondu qu’il convenait de ne pas surcharger les façades et que cela symbolisait le fait que sans conteste, c’est finalement tout de même le  français, la “langue officielle”. Tous ces aspects pourront toutefois encore évoluer…

Les ambitions de la municipalité pour l’avenir

La ville déclare en effet résolument vouloir poursuivre, sur la base des travaux de la Dankfàwrìk, la mise en place de plaques bilingues, avec l’objectif à terme de couvrir l’ensemble de la ville. Au-delà, des réflexions sont en cours pour développer les inscriptions bilingues sur les bâtiments de la ville (bibliothèque, écoles, piscines etc…) et de distiller de l’alsacien et ou de l’allemand dans toute nouvelle signalétique, comme récemment dans le cadre du projet “Mulhouse diagonales” d’aménagement des rives des cours d’eau mulhousien. Enfin, les propriétaires mulhousiens pourraient être encouragés, lors de rénovations, d’indiquer sur les anciennes demeures mulhousiennes, le nom originel, comme il est de coutume dans les régions alémaniques notamment.

Un site internet vous permet d’en savoir plus  : https://plaquesbilingues.fr/

Fabien Feuerstein

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